Rue de Verdun

 

 

Anciennes appellations

  • Rue du Grand Four
  • Rue du Four Banal
  • Rue de Moëslains
  • Rue de Verdun

A la suite des transformations apportées à ECLARON par les Ducs de Guise au XVI° siècle, le Four Banal est transféré dans cette rue qui, dès lors, est appelée le plus souvent rue du Four Banal, (on sait que celui-ci était auparavant installé entre l'actuelle rue de la République et la rue de Guise, dans la ruelle des Ecuries de Guise).

Dans un premier temps, ce four s'est d'abord trouvé à peu près en face de l'actuel garage ZULIANI (auparavant PRIORESCHI); puis, vers le début du XVIII° siècle, il connaît un nouveau déménagement et est établi là où se trouve maintenant la librairie-débit de journaux GUIF.

Ainsi, pendant plus de deux siècles, cette rue est animée par les allées et venues de tous ceux qui devaient faire cuire leur pain dans ce four. Ce dernier appartient aux seigneurs du pays, c'est-à-dire aux Ducs de Guise, puis aux Ducs d'Orléans, qui le faisaient fonctionner par l'intermédiaire d'un "fermier" et d'un fournier.

Non loin de là s'installa, vers 1765, un certain Anthoine MANDON, Ancien Officier au Régiment de Languedoc (cette unité avait tenu quelques années auparavant ses "Quartiers d'hiver" à ECLARON) et originaire de Toulouse, reconverti dans le commerce des grains. Cette activité devait donner lieu en 1782 à un incident qui est rapporté dans les Archives Municipales d'ECLARON et qui annonce les difficultés de ravitaillement qui vont se développer encore en 1788-1789 et sous la Révolution Française: Le 13 mai de cette année 1782 -c'est en cette fin de printemps que la population s'inquiète de voir baisser sérieusement ses réserves de blé dans ses greniers alors que la moisson est encore loin-le Maire et l'un de ses Conseillers sont avertis qu'un RASSEMBLEMENT DE 200 PERSONNES tente de s'opposer sur la place du bourg et dans la rue du Four Banal à l'enlèvement de plusieurs voitures chargées de blé, appartenant au sieur MANDON et destinées à SAINT-DIZIER.

Quand ils arrivent, il règne une grande agitation: plusieurs femmes viennent de s'en prendre énergiquement aux conducteurs de voiture, ces derniers tentent de se réfugier dans les maisons voisines, l'un d'entre eux ne doit pas être assez rapide… il est vigoureusement pris au collet et "assailli de boue".

Le Maire fait appel de toute urgence à la force publique, c'est à dire la Maréchaussée de SAINT-DIZIER... Deux cavaliers arrivent bientôt; on procède aussitôt à quelques arrestations. Les conducteurs de voiture peuvent alors regagner SAINT-DIZIER sous la protection des uniformes….. Mais les voitures de grains restent à ECLARON!

Comme la rue du pont, la rue de MOESLAINS -ou rue du four- voyait passer de nombreuses voitures de bois depuis le Der jusqu'aux ports de la Marne (VALCOURT, MOESLAINS et HOERICOURT).

Pour la Marine Royale, le transport du bois se faisait grâce à la "corvée": La Municipalité -et non pas le Prévôt, représentant du Seigneur- convoquait hommes et attelages en contre-partie dune modeste indemnité; tous devaient travailler pendant plusieurs jours à cette rude tâche.

En 1767 un responsable local tente bien de faire alléger le poids de cette "imposition" en écrivant: "J'ai, Monseigneur, un convoi de près de 400 voitures de bois de marine à faire conduire de MONTIER à SAINT-DIZIER, et les gens des paroisses sont fatigués de conduite de grain et de bois de marine" (*). Pourtant, il doit bien s'exécuter.

Jusqu'aux environs de 1900, la rue continue d'être empruntée par les lourds charrois de bois qui défoncent le revêtement et creusent d'énormes ornières.

C'est par cette rue que, le 28 Janvier 1814, NAPOLEON 1°, encore empereur des Français pour quelques temps, fit son entrée à ECLARON.

Beaucoup plus tard, c'est également par là qu'arrivèrent les premiers cavaliers prussiens le 21 août 1870.

À la fin du mois d'août 1944, l'on vit partir les derniers Allemands obligés de rompre rapidement. à l'arrivée des Américains.

Enfin, on dit que dans les années 1960, la rue voyait passer la voiture du GENERAL DE GAULLE: depuis les attentats de PONT-SUR-SEINE et du PETIT-CLAMART, le Chef de l'Etat devait prendre des précautions pour se rendre de PARIS à COLOMBEY-LES-DEUX-EGLISES. Il arrivait par voie, aérienne (le terrain d'aviation de SAINT-DIZIER), puis regagnait le sud de la Haute-Marne en convoi rapide et furtif.

(*)Episode cité par J.P. Monnier dans l'article "Les Mariniers de la Noue". Folklore de Champagne N° 79.

Philippe DELORME