Rue de la Halle

 

 

 

Plus rien ne permet de voir, actuellement, pourquoi cette ancienne rue d'ECLARON porte ce nom. Pourtant, jusqu'au siècle dernier, un vaste bâtiment surmonté d'un toit mais ouvert à tous vents, accolé à "l'Audithoire" occupait une grande, partie du parc de stationnement de voitures sur la place, devant la pharmacie, et donnait ,son nom à la rue de la Halle.

Cet édifice en charpente servait principalement à abriter le marché et les foires qui se tenaient là régulièrement depuis la fin du Moyen-Age. Les cultivateurs et les propriétaires venaient y vendre leurs "grains"(blé, froment, avoine) .Les représentants des autorités locales venaient alors se renseigner sur le cours du blé et fixaient le prix du pain (c'est ce qu'on appelait "TAXER"). Ils venaient également vérifier et contrôler les poids et mesures. Les clients emportaient ensuite leur blé dans leur grenier ou allaient le faire moudre au moulin.

Les autorités de la Prévôté (dont les familles étaient bien souvent représentées, surtout à la veille de la Révolution, dans la Municipalité d'ECLARON) avaient bien du mal à obtenir que la halle soit dégagée de tout ce que divers particuliers y déposaient:"CHARS, CHARETTES, HARNAIS, BOIS, MATERIAUX".

En cas de pluie, les cavaliers qui tenaient leurs "Quartiers d'Hiver" (au XVII° et XVIII° siècles) dans le pays, allaient chercher leurs chevaux dans les "écuries de la ville", remontaient l'actuelle rue de Guise, traversaient la place, et se servaient de la Halle comme d'un manège ou terrain d'exercice.

Tous ceux qui, à la fin de la journée, ou le dimanche, se retrouvaient dans les débits de boisson de la Place, pouvaient également se rassembler sous la Halle pour jouer aux quilles.

Les maîtres d'école avaient dans leurs attributions de surveiller leurs élèves en dehors du temps scolaire.et de veiller en particulier à ce que les garçons ne s'amusent pas à tirer à coup de cailloux sur les tuiles du bâtiment!

C'est là également que se tenaient -s'il faisait trop froid, on préfèrait alors l'église- les "assemblées des habitants" avant la Révolution. On y procédait en particulier à l'élection du "GARDES-MESSIERS" (sortes de gardes champêtres chargés d'assurer la protection des blés avant et pendant la moisson) et du "PATRE DE LA PROYE" (berger communal). Le choix de ce pâtre correspond à une ancienne tradition et a lieu en général "à l'issue du Vespres, sous la Halle" le jour de Noël; à la suite de cette adjudication, un contrat en bonne et due forme est passé devant notaire entre le pâtre et les conseillers municipaux.

Selon la coutume, le berger doit passer tous les matins, en s'annonçant "au son du cor" et "prendre sous bâton" tous les animaux que lui confient les habitants. Après avoir passé la jourrnée dans les "endroits convenables", il doit ramener les bêtes, toujours "au son du cor", au coucher du soleil.

L'année 1789 voit le dernier de ces contrats: c'est la fin du berger et du troupeau communal. Désormais pour s'accorder aux principes nouveaux de liberté, d'individualisme et de propriété, chacun conduira lui-même son troupeau, sans devoir se soumettre à ce qui était de plus en plus ressenti, non plus comme une tradition communautaire, mais comme une contrainte "FEODALE".

Mais cette liberté nouvelle s'accompagne immédiatement de difficultés: ceux qui n'ont pas suffisamment de pâturage pour nourrir leurs animiaux sont tentés de se rabattre comme on le faisait avant le temps de Colbert (grandes ordonnances sur la forêt et sa protection de 1661 et 1669) sur la forêt; les procès verbaux pour pâturage abusif dans les bois se multiplient: par exemple, le Garde-Général des Forêts d'ECLARON et ROCHES se déplace en personne pour en remettre un à un certain François ADRIEN aubergiste au CHAMP-BERBEAU qui avait envoyé six vaches "brouter dans les tailles de neuf ans de Jean DUZAIS" et qui était récidiviste: il devra se présenter à "l'Audithoire" d'ECLARON (voisin de la Halle) pour payer une forte amende.

 

Philippe DELORME

ECLARON février 1990