Place Pelletier

 

Autrefois, elle s'appelait "LA PLACE" elle occupait alors une surface sensiblement moins importante que de nos jours: D'une part, tout autour de l'église se trouvaient les tombes du cimetière; D'autre part, comme on le voit bien sur les anciennes cartes postales, le parc à voitures était occupé par les bâtiments de "l'Audithoire" (ensuite Hôtel de Ville) et de la halle.

Plusieurs des maisons qui entouraient la place servaient de débits de boissons: Elles ouvraient largement leurs portes le dimanche matin et accueillaient une clientèle animée et bruyante Les autorités essayaient bien d'obtenir leur fermeture afin que le service religieux de la Messe puisse se dérouler dans un silence convenable; Mais la répétition fréquente de ces interdictions au XVIII° siècle montre bien que les habitudes étaient plus fortes que les Arrêtés de la Prévôté.

Une des maisons du côté est de la place (près magasin de matériel de pêche actuel) appartenait à la famille PELLETIER. Le 25 Avril 1790, on peut penser que l'un des garçons de la maison, Jean-Baptiste PELLETIER, 13 ans, assistait à la grande cérémonie du "SERMENT CIVIQUE". La Municipalité se rend à l'Hôtel de Ville afin de recevoir le SERMENT DE FIDELITE DE LA "MILICE NATIONALE du BOURG D'ECLARON". Formés en Carré, les Gardes Nationaux d'ECLARON écoutent le Maire énoncer le texte par lequel ils vont jurer Fidélité à la NATION, à la LOI, et au ROI. Après quoi, chaque Officier, chaque Homme, appelé l'un après l'autre, répond en levant la main: "JE LE JURE".

Ensuite, le Maire et les Conseillers Municipaux remettent au Commandant de la Formation deux emblèmes:

D'abord un drapeau banc, vraisemblablement chargé des inscriptions suivantes "LA NATION-LA-LOI-LE ROI" et "MILICE NATIONALE D"ECLARON"; En haut de la hampe on apercevait certainement un ruban tricolore (A cette époque, et jusqu'au mois de juin 1791, le drapeau blanc n'a aucune signification politique: Il veut dire simplement que celui qui le tient est, comme dans l'armée, investi du Commandement).

Ensuite un Drapeau Rouge (Lui aussi n'a pas de signification politique: il est seulement le signe de la Loi Martiale; on redoute en effet, comme au moment de la "GRANDE PEUR" de l'été 1789, que ne se produisent des attaques, des incendies, des coups de mains).

Le jeune Jean-Baptiste PELLETIER entra assez vite à l'école d'Artillerie de CHALONS-SUR-MARNE et obtint le 2° Rang de sa promotion. Il fait alors une brillante carrière militaire; Par exemple, les Eclaronnais apprendront par le "Journal de la Haute-Marne" (N° 20 du SAMEDI 15 AOUT 1807) sa brillante conduite lors de la bataille. de FRIEDLAND. L'Empereur lui marque sa satisfaction en le nommant Baron d'Empire et en lui confiant à deux reprises le commandement de l'Artillerie Polonaise.

Plus tard, NAPOLEON III voulant récompenser les services du vétéran de NAPOLEON 1er lui conféra, en 1855, la Grand Croix de la Légion d'Honneur. Après son décès (16 MAI 1862) ses amis voulurent rappeler ses qualités professionnelles ainsi que son caractère simple et affable en inscrivant ces vers, sous son portrait le jour de ses obsèques:

A LA MEMOIRE DU

GENERAL DE DIVISION

BARON PELLETIER

Il fut grand, il fut simple, il fut bon, il fut tendre,

Il avait la candeur et la séduction,

Les Muses auraient dit, à le voir, à l'entendre:

"C'est la fleur d'héroïsme et de distinction".

L'homme charmant perçait sous le fort Capitaine....

Voilà ce que nos pleurs rappellent aujourd'hui,

A ceux qui l'admiraient, tige douce et hautaine,

Parmi ses rejetons fiers et dignes de lui.

Et voilà maintenant ce que dira l'Histoire:

"LA FRANCE et la POLOGNE, unissant leurs drapeaux,

Après avoir sur lui fait planer la Victoire,

Ombragent, dans la mort, son glorieux Repos".

Note : Si vous visitez PARIS, ne manquez plus maintenant de remarquer le nom du Général PELLETIER inscrit avec celui d'un autre Eclaronnais -Le Général DEPONTHON- sur l'ARC DE TRIOMPHE, place de l'ETOILE, au milieu de tous les plus grands Généraux de l'Empire.

Philippe DELORME