La distillerie

 

 

 

LE TEMPS DES "SUCRIERS"

 

Naissance de la distillerie

En 1868, la distillerie n'existait pas, mais à sa place, une sucrerie avait vu le jour.

 


Carte envoyée en 1916


La compagnie sucrière de l'époque vendit l'usine en 1909 à la société Scherer et Diot qui y ajouta un atelier de distillation.
De la fin de la Première Guerre mondiale jusque vers l'année 1930, l'activité de l'usine était en sommeil. Le travail annuel n'était que de 20 jours environ.


Carte envoyée en 1922


En mars 1930 était créée la distillerie coopérative agricole de la région d'Eclaron qui avait pour président M. André Wiart et pour vice-présidents, MM. Henri Perot et Georges Janson. Elle comprenait 190 cultivateurs de la Haute-Marne, de la Marne, de l'Aube et de la Meuse, représentant 500 hectares de betteraves.
Au mois de juin de la même année, M. Maurice Rimbert prenait la direction de l'usine. Malgré sa vétusté, elle produisait 13.000 hectolitres d'alcool.
1948 voit la transformation et la modernisation de l'usine.
La récupération des levures apparaît en 1958.
Le 29 juin 1971, la société L'Eclaronnaise créée en 1945, avec à l'origine comme activité la motoculture, puis en 1955 la déshydratation des fourrages et en 1969 des pulpes, fusionne avec la distillerie coopérative pour devenir la coopérative agricole de distillerie et de déshydratation de la région d'Eclaron.

Une constante modernisation

La coopérative fête son trentenaire avec 500 planteurs, 1.800 hectares de betteraves et une capacité de 700 hectolitres par jour et un droit de production de 43.000 hectolitres.distillerie
Par la suite il y a eu une diminution du nombre de planteurs, mais une croissance de l'activité. En 1964, l'usine achète les contingents provenant d'autres distilleries. En 1976 également. Les droits de production sont portés à 83.441 hectolitres. En 1967 puis en 1970, de très gros progrès sont effectués ce qui permet de livrer un alcool de grande qualité, suite à une rectification des flegmes après la campagne.
Année par année, la modernisation s'accentue et en 1979, un record de production est atteint avec 110.000 hectolitres.
En 1990, la coopérative agricole est forte de 306 adhérents dont 200 uniquement pour la betterave.
Le président est M. Michel Simon de Vauclay (Aube) et MM. Marchal de Chamouilley (52) et Jacques Wiart, un Aubois, sont vice-présidents.
Le directeur est M. Jean Rimbert.
Le ramassage des betteraves se fait sur un rayon de 50 km pour une superficie de 200 hectares.
La campagne commence fin septembre pour se terminer aux environs du 1e' janvier.
La capacité de production varie de 1.700 à 1.800 tonnes de betteraves par jour, ce qui représente environ 150.000 tonnes par an, soit l'équivalent en hectolitres d'alcool à 92° appelés flegmes.
La capacité de stockage en citerne est de 190.000 hectolitres.

La teneur en sucre

L'agriculteur adhérent sème la betterave, la récolte et l'entrepose au bout du champ. A partir de là, c'est la distillerie qui se charge du transport par camions en location qui roulent jour et nuit.
Dès l'arrivée à l'usine, la marchandise est pesée. S'effectue aussitôt un sondage sur 80 kg. La betterave est lavée, le collet enlevé et a lieu une nouvelle pesée. La tare est ainsi appliquée au camion. Il faut savoir que la betterave n'est pas achetée au kilo mais en fonction de sa teneur en sucre. Ce pourcentage est calculé sur le prélèvement effectué après différentes opérations.
Le chargement est ensuite benné dans la cour ou suivant les besoins, prêt à être travaillé. La betterave est emmenée sur un tapis où elle reçoit un premier lavage extérieur, puis une finition à l'intérieur des locaux de l'usine. La racine est coupée en petits morceaux façon frites, appelés " cossettes qui, introduits dans la diffusion, sont chauffés à 72e avec de l'eau. Les cossettes progressent dans un sens et le liquide dans l'autre.

La transformation de la betterave

La cossette devient pulpe. Elle est évacuée et pressée, le jus est renvoyé à la diffusion et la pulpe est soit déshydratée, soit dirigée en culture et mise en silo (elle servira de nourriture au bétail).
Le liquide a pris le sucre. Il est envoyé dans des cuves de fermentation où se produisent des levures, proches de la levure de boulanger. Il s'établit alors une transformation du sucre en alcool.
Le jus est passé dans une centrifugeuse, la crème contenant des levures vivantes est renvoyée en début de cuve de fermentation, ce qui provoque une accélération du processus.
Le jus contient de l'alcool, de l'eau et des levures. Il est destiné pour obtenir le flegme.
Par système centrifuge, les levures qui sont restées ont pu être récupérées. Séchées, elles sont envoyées pour l'alimentation du bétail.
Les levures sont très riches puisqu'elles contiennent 40 % de protéines. Elles sont un aliment dopant et s'additionnent à la nourriture des animaux au taux de 1 à 2 %, principalement pour les truies en gestation.
Les flegmes stockés sont repris de février à juillet pour en faire un produit fini - cet alcool à 92e est rectifié pour obtenir un alcool surfin titrant 96°.

Utilisation

Les impuretés sont retirées et mélangées pour faire de l'alcool à brûler sous le nom d'alcool éthylique ou éthanol.
L'alcool surfin est à usage du corps humain (parfumerie, cosmétique, vinaigrerie, pharmacie, certains apéritifs) et industrie chimique (solvants, matières plastiques) et pour la fabrication des nouvelles lessives dites biologiques. L'alcool peut être utilisé en mélange dans le remplacement du plomb.

Météorologie locale

Mais il ne faudrait pas terminer ce récit sans parler des effluves apportés par l'usine. Il faut savoir qu'en fin de distillation, les eaux refroidissaient dans des bassins où décantaient les levures, d'où cette gêne, principalement en été pour la population environnante au mauvais vent.

 

DESASTRE A LA DISTILLERIE


Le vendredi 12 juillet 1991, peu après 17 h 80, une gigantesque explosion s'est produite à la distillerie d'Eclaron provoquant aussitôt l'éboulement du bâtiment de production et un terrible incendie.
Une colonne de distillation aurait explosé entraînant dans sa chute tout le système de fabrication. Le bâtiment s'est totalement effondré et un incendie s'est déclaré. Des éclats de toutes natures ont été retrouvés dans un rayon de cent mètres. Heureusement à cette heure de la journée, il n'y avait pratiquement plus d'ouvriers. Seules quelques personnes, dont M. Rimbert le directeur, étaient présentes mais toutes sont miraculeusement indemnes. Toutefois deux employés, choqués, ont été hospitalisés.
Le soir même, les rumeurs les plus alarmistes couraient selon lesquelles il en était fini de la distillation de betteraves à Eclaron. Loin s'en faut ! Le lendemain, les travaux de déblaiement commençaient et M. Jean Rimbert, déclarait que tout serait mis en œuvre afin que la distillerie soit à nouveau opérationnelle pour la fin septembre, période à laquelle commence la campagne de betteraves.


Reconstruire à tout prix


Dès lors une véritable course contre la montre commençait, l'entreprise ne disposant que de 90 jours seulement pour renaître de ses cendres. Toutes les énergies disponibles étaient mobilisées : les ouvriers différaient leurs vacances tandis que des entreprises locales quittaient des chantiers moins importants pour venir en aide à la distillerie. En un temps record tout fut démonté, réparé ou changé puis remonté. Le 5 octobre 1991, après une journée d'essais, l'usine était remise en route avec une semaine de retard seulement sur la date initialement prévue.


Un bilan positif


L'usine est neuve et a bénéficié durant sa reconstruction des derniers progrès électroniques. Toutes les étapes de la fabrication et leurs indicateurs sont contrôlables depuis un poste de commande central.
Le nouvel atelier de rectification qui procède à partir du mois de mars au surfinage de l'alcool possède cinq colonnes de distillation (au lieu de 4) qui sont mieux équipées thermiquement qu'auparavant. D'autre part, toutes les installations ont été montées à l'air libre, ce qui écarte tout nouveau risque d'explosion dans le cas d'une fuite de gaz.
Selon M. Rimbert, le bilan un an après la catastrophe est "positif" puisque la production a été équivalente aux autres années et que la modernisation de l'usine n'a en rien diminué le nombre de ses employés. En 1991 la coopérative est une des premières distilleries de France à produire un alcool de betteraves à 96 degrés.

 


LA FERMETURE


Toujours au nom de la rentabilité, cette usine qui n'était pas située au coeur de la culture betteravière champenoise, mais en périphérie, est passée "à la trappe".
Aucune autre activité n'a pu être trouvée pour ce site.
La fermeture eut lieu le. Ce fut "un coup dur" pour Eclaron, surtout pour les employés.