Rue Deponthon

 

 

Anciens noms :

- Sous toutes réserves : Au XVI° siècle Rupt-Bel-Pré. (d'où peut-être le lieu dit Riberpré)

- Rue du Prez XVII° siècle

- Rue du Ruisseau XVIII° et XIX° siècles.

Autrefois on appelait cette rue la Rue du Ruisseau : elle était en effet parcourue par un ruisseau qui débouchait de la Rue d'Humbécourt et gagnait au sud la Fosse du Moulin. On peut se demander d'ailleurs si cette fosse ne constituait pas au Moyen Age un gué par lequel on pouvait rejoindre en ligne droite la Forêt du Der; Ce serait alors le pont construit par les Ducs de Guise au XVI° siècle et réédifié en pierre au XIX° siècle sous le nom de Pont Napoléon 1er qui aurait dévié à son profit le trafic nord-sud du Pays.

Des travaux d'assainissement furent réalisés en 1872 : l'écoulement de l'eau allait se faire désormais par un aqueduc souterrain ; quant à l'écoulement superficiel des eaux de pluies il fut réalisé vers 1881 en même temps que les trottoirs. Le goudronnage intervint en 1930.

Comme dans beaucoup de villes et villages du Royaume sous l'Ancien Régime, les habitants devaient loger pendant les " Quartiers d'Hiver " des militaires, en général des cavaliers ; Malgré la politique de discipline voulue par Louis XIV et son ministre Louvois, le comportement de ces soldats suscitait quelque inquiétude : dans une lettre de 1677, un parisien, propriétaire d'une maison de la rue écrivait à un voisin : " On dit qu'il y a des cavaliers chez Jean ÀLIPS, et en ce cas dites bien à Catherine de se tenir sur ses gardes " ; Au siècle suivant les relations seront bien plus confiantes comme en témoignent les mariages relevés dans les registres paroissiaux d'ECLARON.

Dans cette rue est installée au moins depuis le XVII° siècle une famille dont le nom est l'un des plus anciens d'ECLARON, les GERVAISOT ; Vers 1680, Anne GERVAISOT épouse un voisin dont la profession était fort originale : il était " Charpentier d'Avirons ", c'est à dire qu'il construisait les gouvernails des bateaux de rivière assemblés à VALCOURT et MOESLAINS entre le XVI° et le XIX° siècles à destination de PARIS.

Aux environs des années 1700 et 1710, on vit passer assez souvent dans cette rue, surtout à la belle saison la fille aînée de Jean RACINE : Elle avait épousé en 1698 un certain Claude COLLIN dont le père possédait l'actuelle propriété DE TORCY ; Les sympathies " Jansénistes " de la famille COLLIN DE MORAMBERT, n'étaient pas étrangères, à ce mariage qui avait été suggéré par l'ancien secrétaire de l'Abbaye de HAUTE?FONTAINE (dont il ne reste que des ruines, près d'AMBRIERES) relais de. PORT?ROYAL vers la Lorraine. En 1718, la jeune femme fut marraine de la plus importante cloche de l'église du bourg ; Pour rappeler cet épisode, fut écrite en 1937 dans l' " Echo de St Laurent " cette courte phrase : " 0 Vous, habitants d'ECLARON, n'oubliez pas, à l'angélus, qui vous appelle, : c'est la fille du divin Racine.

Plus tard, la maison sera reprise par le Général DE PONTHON, d'une vieille famille Eclaronnaise. Né en 1777, il servit sous la REVOLUTION et NAPOLEON dans le Génie. En 1808, il est " prêté " au TSAR DE RUSSIE qui a besoin d'un officier compétant pour dresser les cartes d'Etat-Major de son immense pays. Les hautes fonctions qu'il occupe par la suite ne l'empêchent pas de rester un homme d'abord simple et facile. Lors de son décès, en 1849, la municipalité et la population d'ECLARON manifestent leur attachement en organisant un cortège de 142 Gardes Nationaux. Son nom, comme celui du Général Pelletier, est gravé sur l'Arc de Triomphe, à PARIS.

Philippe DELORME.