La croix des aviateurs

 

UNE CROIX EN SOUVENIR DE DOUZE AVIATEURS


 

Lorsque l'on se promène sur la route d'Ambrières on aperçoit une croix en qui s'élève à 2 m 50 du sol. Sur celle-ci sont fixées deux pales d'hélice d'avion.


 

Sur cette croix l'on peut lire: "En 1945, un avion - Marauders - de l'armée de l'air française s'est écrasé ici. Aucun survivant".

Les ans ont passé, les mémoires se sont dissipées, les gens ont déménagé mais, l'histoire doit demeurer. II ne faut pas oublier.

 

Parlons donc de cette catastrophe qui a fait 12 victimes. 12 soldats aviateurs français, morts carbonisés dans leur avion, un B 26 du groupe de bombardement 1-32 Gascogne, basé à Saint-Dizier, venant de Maison-Blanche (Algérie) via Lyon-Bron-Dijon et qui s'est écrasé au lieu dit "Clos Bernard" en raison du brouillard.
L'avion était occupé par six membres d'équipage et six passagers. C'était le 29 septembre 1945 à 10h45.

Les deux pales qui sont fixées sur la croix proviennent de l'hélice de cet avion.
Elles firent laissées par l'équipe militaire française qui procédait à la récupération de l'épave, sur la requête des autorités locales.
La croix a été érigée en 1948.
Le bois a été offert par les Ets Briffoteaux et le socle en ciment réalisé par l'entreprise Pillard, aidée de bénévoles.
Le 17 novembre 1948, l'abbé Godard, curé d'Eclaron est allé bénir le calvaire en présence de le municipalité, d'un détachement de l'armée de l'air et de l'association de Saint-Dizier des anciens de l'aviation.

Les circonstances de l'accident

Nos recherches nous permettent d'apprendre que l'avion faisait partie d'une formation de six appareils.
Le Marauder devait déposer à Saint-Dizier six permissionnaires qui avaient pris place dans la soute à bombes.
L'appareil tentait une approche à très basse altitude de la base en raison d'une zone de brouillard.
Il a alors heurté les cimes d'une peupleraie et a explosé au sol. Les trois premiers appareils étaient parvenus à se poser à Saint-Dizier.
Les deux autres restant en vol ont reçu l'ordre de rejoindre Dijon-Longvic.
Les six membres de l'équipage et les six passagers permissionnaires, tous militaires français de l'armée de l'air ont péri. Il n'y eut aucun survivant.

Seule a pu être retrouvée la liste des membres de l'équipage affectés au CTB 1-32.

  • Roger Derycke, né le 14 mars 1918 à Tieghem (Belgique) demeurait à Vaucresson (Seine-et-Oise) il était aspirant-pilote.
  • Pierre Lugrez, né le 26 juillet 1920, à Bastetica (Corse) et demeurant au même lieu. Il était sergent-pilote.
  • Henri Neys, né le 23janvier 1917 à Bayonne et demeurait à Bordeaux. II était sous- lieutenant.
  • Albert Onimus, né le 31 mai 1917 à Mulhouse et demeurant à Strasbourg. Il était sergent- chef.
  • Hubert Trouillet, né le 3 janvier 1917 à Cuise-la-Motte (Oise) et y demeurait. Il était sergent-chef.
  • Jean-François Rajon, né le 29juillet 1921 à Moirans (38), demeurant à Grenoble. Il était sergent.

Quelques mois plus tard a pu être formée la liste des passagers permissionnaires qui se trouvaient dans la soute à bombes.
Cette liste a probablement été établie au début de l'année 1946. Elle figure sur les actes de décès de la mairie d'Eclaron, mais la date de la déclaration n'est pas mentionnée.
Ces six soldats aviateurs appartenaient au groupe de bombardement 2-52 Franche-Conté.

Ils ont pour nom:

  • Pierre Danigo, né le 28 décembre 1924 à Caudon (Morbihan) et demeurant à Plouay. Il était sergent.
  • Pierre Bertrand, né le 17 avril 1921 à Villeneuve Saint Georges (Seine et Oise) et demeurant Villeneuve-la-Guyard (89). Il était sergent.
  • Jean-Marc Zuccarelli, né le 6 mai 1921 Corte (Corse) et y demeurant. Il était sergent.
  • Emile Dufour, né le 3 novembre 1920 à Saint-Martial de Gimel (Corrèze), demeurant à Meynac (Corrèze). Il était sergent.
  • Roger Maniabal, né le 18 mars 1923 à Paulhan (Hérault) et y demeurant. Il était sergent.
  • Rapha'el Canneddu, né le 20 janvier 1921 à La Ciotat et y demeurant. Il était sergent.

Un ancien pilote meusien, Raoul Tapin, racontait: "Le 28 septembre 1945 six marauder B26 venaient chercher notre détachement de jeunes brevetés, aux ailes encore bien rutilantes, à l'aérodrome de Maison-Blanche. Le départ fut joyeux, heureux que nous étions de retrouver la France, nos familles, nos amis enthousiastes de rejoindre, après un entraînement assez dur, un vrai groupe de volants... Arrivé sur Saint-Dizier, il y avait du brouillard... Soudain, aussi vite avions nous été plongés dans l'obscurité que nous en sortîmes...
Notre regard était accroché sur la gauche par énorme champignon de fumée. Inutile parler pour comprendre qu'un des nôtres venait de s'écraser au sol... Je me dis qu'ils ont été sûrement bien accueillis, là-haut, dans le ciel de France".

 

 

 


Alain GLE.

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Notes :


L'histoire des Marauders commence en 1943 à Casablanca au Maroc où fut décidé le réarmement de l'armée française par des avions américains, le B26 appelé plus volontiers "Le MARAUDER". Il porte ce surnom en souvenir d'une tribu indienne particulièrement redoutable et insaisissable. Il est décidé d'armer six groupes de bombardiers moyens qui seront engagés dans le cadre d'une grande unité américaine. Au début de mars 1944, les éléments avancés du groupe 1/22 arrivèrent en Sardaigne et commencèrent leur entraînement avec le 42e WING de Bombardement Américain. Le 29 mars, ce groupe fut engagé pour la première fois. Les B26 américains et français ont mené jusqu'à la fin des hostilités une lutte continuellle contre l'Allemagne Nazi, de Rome à Munich en passant par Toulon et la ligne Siegfried.
Le pilotage du bombardier moyen B-26 Marauder a toujours été considéré comme très délicat, voire dangereux, lui conférant son qualificatif de "Widow Maker" (faiseur de veuves).

 

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